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ÉCRIRE À PROPOS : DE LA SOUFFRANCE PSYCHIQUE OU...

Première collaboration sur le blog avec l'auteure française Nadine Lamaison. Un texte fort à découvrir en ce samedi de juin.


Tous ceux qui se risquent à l’écriture connaissent ce que Roland Barthes appelle « le frémissement d’écrire » et, déterminés ou indéterminés, ils sont passés à l’acte, pétris de doutes et d’exigences pour aller vers un plaisir plus ou moins fugace. En se heurtant à la question première : écrire à propos… de quoi ? quel sujet ? quelle urgence ? quel impératif ? quelle fascination ?…


Trois mots : écrire à propos… et ce qui s’impose, qui émerge, est cette fouille qui m’a conduite vers « Des moments possibles », écrire à propos de la souffrance psychique. Ou psychologique. Ou émotionnelle. De l’esprit, de l’âme, de l’intérieur.

Une souffrance maudite, informe. Qui effraie. Que l’on juge de loin, de haut… Trop d’incompréhension, trop de rejets -je les ai abandonnés tous ceux, et ils étaient légion, qui haussaient les épaules, en faisant un pas en arrière devant ce qu’ils ne voulaient pas voir- trop d’a priori, trop de condescendance.

J’ai vécu avec elle durant des années. Je l’ai accompagnée sans pouvoir la cerner. Je l’ai captée dans sa croissance sans pouvoir l’endiguer. Et mon impuissance se doublait de peur…

Je la connaissais par coeur sans jamais en définir les contours encore moins les rouages. Je la savais hors de portée des mots, diffuse et létale.


La mienne, en miroir de celle que je côtoyais, était devenue une tumeur exponentielle et je la subissais comme une punition hasardeuse. Je ne souhaitais pas m’en défaire mais la regarder en face et lui donner une visibilité. Et pour cela il me fallait trouver des mots. Lui donner forme. La montrer.

La tache serait rude car le sujet n’était pas ma propre souffrance, elle n’était qu’un second degré, une sorte de conséquence quasi génétique. Celle qui souffrait ce n’était pas moi. C’était mon autre, venue de moi. Ma fille artiste.

On sait que les êtres en marge fascinent les écrivains. Mais comment moi, la génitrice (Ô la belle culpabilité ! ), pouvais-je arracher des mots, des phrases, des chapitres, et construire un écrit pour « faire parler le silence » selon la formule de Duras ?


J’ai collationné ses dessins, tableaux, poèmes, textes et les multiples notes, réflexions, prises ici et là par elle et par moi au long d’un temps indéfini. Elle avait tellement lâché les trop-pleins de sa souffrance dans des formes plurielles, les yeux baignés de larmes et de rage ! Enfant qui tentait de se sauver par la forme artistique. Je l’avais tellement regardée, écoutée, scrutée… incapable de circonscrire le feu qui la brûlait.

Et ce sont les mots recueillis, les mots refluant de ce magma qui m’ont tracé une voie.

Pour faire apparaître l’invisible j’en ai cherché d’autres en perdant toutes mes certitudes jusqu’à ma mémoire elle-même.


La forme romanesque était un recours : je pouvais imaginer une autre vérité pour vêtir ce qui était nu. La réalité était dans l’expression de la souffrance, pas dans une authenticité des faits. Eviter les accrocs de l’insupportable, ne rien accuser, sans drame. Témoigner au plus près de l’intérieur.


De nous deux j’ai fait quatre personnages… et ce n’était plus nous. Je pouvais les regarder et les suivre. Dans cette dichotomie la souffrance s’est révélée, les mots sont nés. Les deux héroïnes ont inventé leur langage et c’était celui que je cherchais. Leurs souffrances se sont rencontrées et elles se sont reconnues l’une l’autre.

Dire leurs silences avait été possible. Elles m’ont sortie du mien. Et d’autres pourraient s’y reconnaître aussi, s’identifier pour un instant de rémission.


La magie n’est pas de guérir par la plume, hélas nous n’en avons pas le pouvoir, mais de pouvoir apaiser en nommant.



Les livres de Nadine Lamaison sont en exclusivité aux USA sur Rencontre des Auteurs Francophones :

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