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Alexandrina (La fille du soleil et de la lune) - Poème

Quand Dieu créa Alexandrie[1], il faisait des heures supplémentaires pour qu’elle soit un chef d’œuvre, une créature surhumaine, qu’elle soit capable de supporter le vent et les nuages.

Oh ! Alexandrie ! Si je m’éloigne de ta mer bleue

Oh ! Si je m’éloigne de ton eau argentée

Oh ! Si je m’éloigne de ton coucher du soleil


Je m’en vais loin très loin

Je m’en vais respirer à pleins poumons


Les écureuils font leur provision pour l’hiver en cachette


Seuls, sans soleil pour chauffer leur journée

Seuls, sans lune pour cacher leurs souffrances

Seuls, le monde est pour eux sans couleurs et sans tendresse

Seuls, ils sont abandonnés à leur détresse

Seuls, ils n’ont pas vu le sourire sur tes lèvres

Seuls, ils n’ont jamais entendu le chant des oiseaux

Seuls, ils n’ont pas le droit de rêver


I will survive, m’a-t-elle dit


Alexandrina, reine de beauté, modèle du nord, est réclamée par les amoureux

Tes vestiges[1] sont des diamants

Oh ! Si j’ai crié Alexandrina, tu es tombée de ton piédestal


Les barbares[1] ont envahi la cité


Des aigles et leurs aiglons ont la main mise sur la fille du soleil et de la lune


Oh ! Alexandrina ! Tu es immolée sur l’autel


Le soleil et la lune ont pris un rendez-vous pour s‘évader


I will survive, m’a-t-elle raconté


Le combat n’est pas terminé …


Oh ! Alexandrina ! Sur ta fenêtre, je regarde la mer, la fraîche brise pétrie de douleur, ensorcelée par

la voix d’un fantôme réfractaire


Oh ! La fille de la mer ! Je décline tes fêtes impériales, tu as choisi French Cancan, devenu Franche Coincoin

Oh ! La fille de la lune ! Le déclin arrive pour que la beauté meure à petit feu

Oh ! Alexandrina ! Le tribunal révolutionnaire est symbole d'abus et de tragédie

Oh ! Ville de beauté ! Ton exécution s’est décidée sur une table


I will survive, m’a-t-elle annoncé


C’est monsieur Veto, ennemi du peuple, porteur de messages qui font fuir les nobles

Oh ! La fille de la mer ! Je serai nomade pour contempler les traces du passé, ceux qui sont partis, forçats sans retour


Cette nature sauvage est nommée barbarie[2]

Oh ! La fille du soleil ! Ta voix alerte une fois, deux fois, trois fois, une population mal aimée


I will survive, m’a-t-elle chuchoté


Quand l’épaulard[1] visite tes plages, les lions de mer viennent se promener au calme


Oh Alexandrina ! Quelle merveille ! Ta beauté est une arme supplémentaire


Les mouettes chantent l’hiver de janvier à la Saint-Sylvestre

Tu as la puissance du soleil


I will survive, m’a-t-elle murmuré

Oh ! Si j’ai des vœux à faire, deux chaises à l’ombre du soleil pour écrire un poème

J’aime caresser les vagues avec mots et musique


Oh ! Ma ville Alexandrina ! Tu m’as ressuscitée avec tes âmes juives et chrétiennes

J’observe tes côtes tranquilles avec les souvenirs de jadis

Je contemple cette lumière dans la cité en lettres de feu

Les paroles s’envolent


I will survive, m’a-t-elle soufflé


Oh ! Si j’ai crié Alexandrina boulevard des Italiens, des Français, des Maltais, des Grecs

Oh ! Si tes jours sont de couleur bleu, blanc, rouge

Oh ! Si tes souvenirs des cœurs perdus revenaient doux et mélancoliques


Alors, une stupeur émerveillée dissiperait ma crainte, je vis dans la grandeur[2] de ton passé


I will survive, m'a-t-elle révélé


Oh ! Alexandrina ! Tu es une berceuse de tendresse


Ta lumière est une épée, la vérité, le murmure du silence pénétrant comme le prophète Élie

Je respire à la brise du soir le parfum de ton souffle


Ce parfum se dévoile dans le visage défiguré de ceux qu'on assassine sur un cri silencieux

Oh ! Alexandrina, ma bien-aimée m'appelle au secours


Il faut rêver ta prochaine vie !


Oh ! Alexandrina ! Tu as le cœur d'une vierge qui dit « Oui » à l'Archange Saint Michel[3]

Je suis un murmure amoureux

Je marchais sur la plage, pieds nus

Je te racontais des histoires de gens heureux du retour


I will survive, m'a-t-elle proclamé pour sa liberté


J'attendais ce moment depuis la nuit des temps pour guérir mes blessures

L'avantage d'être deux, entendre ton rire comme les vagues

Regarder le soleil qui s'en va en compagnie


Oh ! Alexandrina ! Tu es issue du soleil et du vent, délicatement accueillie dans les bras de Marc Antoine


Alexandrina, tu es Marianne de l'Orient


Oh ! Alexandrina ! Ton style est incrusté de grec à la française[4]


Maintenant, on peut s'installer et causer en langues de la Bibliotheca, le scribe va dicter un nouveau


monde, tu ressusciteras.


I will survive m'a-t-elle avoué


Tout va bien, tout ira très bien ! Chantonnait Alexandrina

Tu es la flamme d'un siècle de lumière férue de philosophie[5] et de littérature

Que la justice soit rendue !


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L'été rassemble les joueurs d'échecs sur les terrasses avec les recettes exquises du safran

La nuit détient les secrets de l'amour interdit


La lumière tamisée accompagne les amourettes, la musique et les tremblements des danseuses aux paillettes sur les terrasses du « Café de Paris »

L'accordéon appelle l’expresso et la bière Stella au café Maltais


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Le garçon avec tenue de pêcheur chante et danse au service du chicha, Mazague