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L’appel d’un cygne - À mes amis ukrainiens


Il était une fois, en l’an 2022, un cygne blanc qui était désespéré.


Il s’était réveillé un matin de mars, les pattes au sec, seul, au milieu d’un marais. Il avait beau ouvrir grand les yeux et tourner son long cou de tous côtés, il ne voyait plus une seule goutte d’eau et plus aucun ami. Après des heures de réflexion, il décida d’appeler une journaliste de la presse locale pour lui faire part de son bouleversement. Voici son témoignage sur les ondes.



- Bonjour Monsieur le Cygne Blanc. Vous avez souhaité témoigner aujourd’hui sur un sujet qui vous tient à cœur.

- Bonjour Madame. Tout d’abord un grand merci d’avoir accepté de me recevoir avec cette actualité si chargée.

- Avec plaisir. Racontez-nous.

- Eh bien depuis hier, le Lac a disparu.

- Mais quel lac mentionnez-vous Monsieur le Cygne ?

- Je parle du Lac des Cygnes. Jusqu’à hier, il était là, derrière moi. Grand, profond, tout en eau, rempli de mes amis, de musique et de danse…

- Vous êtes sûr ?

- Oui, à la place il ne reste qu’un marais asséché.

- Et vos amis où sont-ils ?

- Justement ils se sont volatilisés. Depuis presque un mois, j’ai entendu qu’on s’attaque à la culture, aux musiciens, aux œuvres, à tout ce qui touche à notre identité… Mais faire disparaître le Lac des Cygnes, comme cela, tout d’un coup !

- En effet, c’est du jamais vu. Comment pourrait-on vous aider ?

- Je me disais que justement, si toutes les salles de spectacle pouvaient programmer Le Lac des Cygnes demain soir et faire danser tous leurs corps de ballet, peut-être que le Lac réapparaitrait et avec lui notre humanisme…


Le cygne blanc se mit à pleurer, en direct.


- Ne pleurez pas Monsieur le Cygne. Nous sommes de tout cœur avec vous et nous allons lancer un appel général dans le monde entier.


C’est alors qu’on vit, le lendemain soir, tous les théâtres de la planète jouer à guichet fermé Le Lac des Cygnes. Ce fut un triomphe et un beau message d’espoir, signe que cette si belle culture ne mourrait jamais. Et le lendemain, dès l’aube, Monsieur le Cygne, qui dormait sur le marais, sentit peu à peu de l’eau lui chatouiller les pattes. Et l’eau monta, monta, et le Lac se reforma, et Monsieur le Cygne suivit son mouvement, remontant doucement avec le remous. Il tourbillonna, tangua sous l’onde vive et fraiche. Puis quand il fit jour, c’est alors qu’il aperçut, dans un coin du Lac, ses amis les cygnes qui le regardaient, une larme au coin des yeux.


Valérie Chèze, mars 2022.


Les livres de Valérie Chèze-Masgreangas sont en vente aux États-Unis sur Rencontre des Auteurs Francophones




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1 Comment


Mariaclara Baucere
Mariaclara Baucere
Jun 27, 2022

Valérie, votre très beau texte m'a beaucoup émue. Ce discours est divinement relaté sous forme de conte. En dépit de la guerre qui sévit entre les autorités et le monde culturel, les artistes russes font vivre un art qui s’exporte toujours dans le monde. Quels que soient les efforts du régime pour étouffer la liberté de création, établir des limites à ne pas dépasser, tenter de soumettre le travail des artistes et de les diriger, la vie théâtrale continue de s’épanouir, des films paraissent, les peintres peignent, les écrivains écrivent, les compositeurs composent… témoignant de l’indestructibilité de la puissance créatrice. L’art Russe aura toujours une portée internationale pour que la culture ne soit pas la victime injuste du conflit.…


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