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Le feuilleton jeunesse du samedi : Tali Nohkati, la grande traversée par Koza Belleli (3)

Chaque samedi, retrouvez les aventures de Tali Nohkati. Un joli rendez-vous de lecture avec les enfants, parce que la lecture est essentielle dès le plus jeune âge.

Une aventure littéraire signée Koza Belleli. Bonne lecture et rendez-vous samedi prochain pour la suite de votre lecture en famille.


Résumé épisode précédent : seul survivant d’une bourrasque de feu, TALI NOHKATI est contraint de partir à la recherche de ses semblables. Après avoir rencontré l’ourse Yupik et son petit Qanuk au pays blanc, Tali repart, guidé par Atii, d’une bien singulière façon.



 

3 – Atii


Atii la baleine partit sans attendre, sachant que la banquise ne tarderait pas à emprisonner les flots.

 

Sa présence aux côtés de Tali Nohkati s’avéra précieuse. Sans elle, il se serait perdu. Portée par les courants et son instinct, elle le guida à travers le dédale des icebergs. Suivant ses conseils, il ne manqua ni de poissons, ni de crevettes. Ces prises, grillées sur les braises, devenaient savoureuses et leur fumet ne manquait pas d’attirer les oiseaux qui volaient dans son sillage.

 

Le labyrinthe des glaces était très dangereux. Souvent étroit, il laissait saillir des pointes acérées. Tali Nohkati devait veiller à ce qu’aucune d’entre elles ne déchirent les flancs de son frêle esquif. Mais ce labyrinthe était aussi d’une rare beauté.

 

Ses parois translucides miroitaient et se drapaient de reflets bleutés. Elles étaient, pour la mer et le ciel, l’autel de leur union. Sous les rayons du soleil qui balisait la route menant vers le sud, elles mêlaient le turquoise et l’indigo en plaques irisées, faisant ressurgir le blanc nacré des flocons de neige. Figés dans ces glaçons, ils ressemblaient à des perles captives d’un coffret de verre.

 

Bientôt, sous l’effet d’une brise plus douce, ce décor polaire disparût. L’océan apparût alors dans toute son immensité. Le regard de Tali Nohkati se jeta dans l’infini.

 

Soudain, un banc de belugas s’approcha d’Atii et du navire. La blancheur de leurs robes lui rappela Qanuk et Yupik. Son cœur se serra, mais l’escorte formée par ces visiteurs le remplit de joie. Pour la première fois, Tali Nohkati sentit une force nouvelle l’envahir. La vie faite de surprises et d’émerveillements s’offrait à lui.

 

Alors Atii, heureuse de voir l’enfant rire aux éclats, mena ce cortège loin, très loin de la nuit. 

Tali Nohkati, bercé par les flots, s’était endormi. Il s’éveilla dans l’aube nouvelle qui éclairait le ciel. Atii le salua de son œil bienveillant et dit :

 

 - Là-bas, sur l’océan, des vagues se forment. N’aie crainte. Je resterai près de ton bateau et …

 

Mais Atii n’eut pas le temps de terminer sa phrase. La tempête qu’elle avait ressentie s’abattit de plein fouet, sans crier gare. La houle forcissait. Des creux de plus en plus grands malmenaient le navire. Tali Nohkati essayait de maintenir le cap tant bien que mal. Hélas ! Ses seules forces ne pouvaient suffire et la fragilité de sa coque ne résistait pas aux coups de boutoirs des déferlantes.

 

 

Le frêle esquif se déchira. L’eau s’engouffra. Tali Nohkati, se voyant emporté, tenta de se raccrocher aux débris épars mais les courants anéantissaient tout espoir.

 

Un instant, croyant voir son épave, Tali Nohkati agrippa l’une des nageoires d’Atii. En vain. Ses mains, raidies par le froid, glissèrent le long du corps monumental de la baleine et Tali Nohkati sombra.

 

Dans un sursaut inespéré, Atii qui n’avait pas perdu de vue son protégé, le remonta à la surface pour lui faire reprendre son souffle. Puis, ouvrant sa bouche, comme elle le faisait pour ingurgiter sa nourriture, elle engloutit Tali Nohkati.

 

L’enfant se retrouva alors dans la gorge profonde d’Atii. Cette plongée dans l’obscurité le laissa abasourdi. Ce refuge, chaud et humide, était pour le moins étrange. S’il percevait les soubresauts de la tourmente qui sévissait à l’extérieur, Tali Nohkati entendait surtout les battements de cœur de l’animal, comme une lointaine réminiscence du périple qui l’avait mené autrefois jusqu’à sa naissance.

 

D’un coup, tout devint immobile et silencieux. Les pensées de Tali Nohkati se brouillaient. Troublé, il n’osait se mouvoir dans ce corps gigantesque qu’il ne connaissait pas. Il tendait l’oreille, cherchant à capter le moindre bruit. Mais rien, rien ne se faisait entendre hormis ce léger battement de cœur.

 

Atii perçut son angoisse et lui dit :

 

-          Fais comme chez toi, Tali Nohkati. Va et vient à ton aise.

 

Cette voix, résonna si fortement qu’elle le fit sursauter.

 

-          Où veux-tu que je m’installe ? demanda-t-il interloqué. Je ne vois pas grand-chose et risque de te blesser en restant ici.

 

-          Ne t’en fait pas ! Ma carcasse est solide, elle en a vu bien d’autres. Mon abri est sûr et te protègera jusqu’à ce que tu retrouves la lumière du jour. Les profondeurs ne sont pas balayées par les grandes vagues et comme je l’ai promis à Yupik, je te mènerai plus au sud.

 

Rassuré, Tali Nohkati s’installa donc. Les rondeurs et les réserves de la baleine rendaient la place très confortable. Il s’habitua peu à peu à ce lieu extraordinaire et à la mélopée harmonieuse du cœur.

 

Atii, poursuivant sa navigation dans les hauts fonds, sentait en son sein la chaleur de l’enfant. Il était sa meilleure prise. Une prise de tendresse, pleine de vie et d’espoir. Aussi, lui donna-t-elle beaucoup à manger. Elle le régala de crevettes et de calmars

 

Quand, repu, Tali Nohkati voulait faire la sieste, elle chantait et quand il voulait se dégourdir les jambes, elle le guidait à travers ses entrailles pour une partie de cache-cache.

 

 

Tali Nohkati, ne voulant rien perdre de ce qui se passait au dehors, interrogeait fréquemment Atii. En ce temps étrange, la baleine était tout à la fois ses yeux et son seul lien avec le reste du monde ? Et le monde d’Atii était immense.

 

Elle le réveillait dès qu’elle voyait poindre le soleil et le berçait quand l’astre déclinait. Elle lui parlait des couleurs de la mer. Alors que Tali Nohkati pensait qu’elle était bleue, Atii lui raconta comment elle changeait de teintes sans pourtant être capricieuse. Parce que, sous le ciel, quand les nuages vont et viennent, quand les étoiles brillent ou s’éteignent, quand la lune apparaît ou disparaît, l’océan, réceptacle des lumières, capture leurs reflets. C’est ainsi qu’elle savait, si le vent était doux ou s’il devenait fou.

 

Atii lui raconta comment naissent les vagues. D’abord, il n’y avait rien. L’onde n’était qu’un miroir poli, lissé sans doute par les esprits ailés. Les sirènes aiment s’y admirer. Mais soudain, alors que le calme semblait avoir pris possession de tout, un mouvement souple les entraînait lentement. Les poissons aux écailles multicolores, les branches de corail, toutes les créatures marines étaient portées au gré des courants. Était-ce la danse de la terre ? Était-ce le soubresaut de ses entrailles ?

 

Atii, disait que c’était un secret. Qu’importe ! Tali Nohkati l’écoutait, fasciné. Avec les opales oubliées par la lune, il dessina sur les côtes de la baleine les visions de cet autre univers. Bientôt, une fresque orna la caverne qui abritait son sommeil et ses rêves l’emportèrent au-delà du réel.

 

Combien de temps dura ce voyage, pour le moins incroyable ? Comment savoir quand le jour et la nuit ne sont plus ? Tali Nohkati ne le sut jamais. Seuls les mots merveilleux d’Atii guidèrent sa course.

 

Atii savait qu’elle longerait bientôt le pays du Nord. A son grand regret, Tali Nohkati allait la quitter, sans doute pour toujours.

 

Elle le réveilla, lui annonça la nouvelle et profita de leurs derniers instants pour prodiguer encore quelques conseils.

 

-          Soit prudent, reste bien sur tes gardes. Les rives de cette contrée sont longues et escarpées, flanquées de roches noires. D’après ce que je sais, une grande forêt s’étend à quelques pas de la plage, mais je n’y ai jamais vu âme qui vive. Bien sûr, des oiseaux viennent y faire leurs nids, mais point d’homme comme toi. 

 

Tali Nohkati l’écoutait avec attention, ignorant tout de l’endroit où elle allait le laisser. Et curieusement, alors que le battement du cœur d’Atii l’avait accompagné durant toute sa traversée, c’est le sien qu’il entendait maintenant.

 

Le moment de la séparation était venu. Atii s’arrêta et dit à Tali Nohkati de s’approcher de sa bouche.

 

-          As-tu ramassé tes vêtements de peau et les cailloux de la lune, demanda la baleine ?

 

Tali Nohkati, saisi par la fraîcheur de l’air, hocha la tête.

 

-          Tu es prêt ? lui demanda-t-elle encore, très émue.

 

Tali Nohkati, aussi ému qu’elle, hocha la tête à nouveau et d’un coup, sans crier gare, il fut projeté vers le ciel. Par le souffle puissant et rapide d’Atii, il recouvra la lumière. Il vola, tel un oiseau et se retrouva sur un rivage de sable clair.

 

Etourdit, Tali Nohkati chercha des yeux la présence d’Atii à la surface de l’eau. Il l’aperçut un court instant puis elle disparut dans les profondeurs.

 

Tali Nohkati, découvrant ce nouveau paysage, se mit alors à arpenter la plage. Il trouva quelques œufs, quelques coquillages. Il fit du feu, mangea un peu. Enfin, il trouva un chemin et s’enfonça dans la forêt.   

 

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