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Le feuilleton jeunesse du samedi : Tali Nohkati, la grande traversée par Koza Belleli (4)

Chaque samedi, retrouvez les aventures de Tali Nohkati. Un joli rendez-vous de lecture avec les enfants, parce que la lecture est essentielle dès le plus jeune âge.

Une aventure littéraire signée Koza Belleli. Bonne lecture et rendez-vous samedi prochain pour la suite de votre lecture en famille.


Résumé épisode précédent : seul survivant d’une bourrasque de feu, TALI NOHKATI est contraint de partir à la recherche de ses semblables. Après avoir croisé le chemin de l’ourse Yupik et son petit Qanuk au pays blanc, après avoir vogué dans le ventre d’Atii la baleine, Tali poursuit son périple sur une terre ferme cernée de forêts.



4 – Haïda et Pasko, Nissoac, Swac, Iwac et Nonoac

L’odeur prégnante de la terre ravivait les souvenirs de Tali Nohkati, ceux d’un temps lointain durant lequel pêche et cueillette rythmaient alors sa vie auprès des siens.

 

Chaque découverte l’enchantait et l’inquiétait à la fois : la majesté des arbres, le bruissement des feuillages, le jeu des ombres et des lumières, le chant des oiseaux, le cri insolite des animaux ou le craquement des branches. 

 

Après avoir marché une bonne partie du jour, Tali Nohkati, voyant le soleil décliner, se laissa mener par le clapotis de l’eau.  Il se retrouva bientôt sur les bords d’une rivière et décida de s’y installer pour la nuit. 

 

Il revigora son corps dans l’eau froide, mangea le reste de ses provisions. Enfin, il s’étendit près d’un bon feu et contempla les étoiles qui apparaissaient une à une dans le ciel.

 

Il écoutait les rumeurs nocturnes quand un jappement familier le fit sursauter. Se pouvait-il que Coyote soit là ? N’était-ce pas plutôt la fatigue qui lui jouait un tour ou un rêve malin qui venait le tourmenter ?  

 

Un autre jappement se fit entendre. Tali Nohkati appela Coyote puisque l’obscurité rendait toute recherche impossible. Il l’appela de toutes ses forces. Il l’appela encore et encore. Mais ni Coyote, ni aucun animal, ni personne, ne répondit à Tali Nohkati qui resta suspendu au silence qui s’était soudain abattu sur la forêt profonde.

 

Alors, pour éloigner les ombres menaçantes de ses peurs il raviva son feu et dépité, il sombra dans le sommeil.

 

Au matin, Tali Nohkati s’éveilla. Il ramassait les dernières braises quand il vit, sur l’autre rive, un loup qui l’observait. Prudent, Tali Nohkati décida de ne pas brusquer l’animal en tentant de s’enfuir. Il préféra attendre sans bouger.

Le loup, intrigué, voulait savoir quel était l’intrus qui s’était aventuré sur son territoire. Il traversa à gué et s’approcha lentement de Tali Nohkati. Arrivé à sa hauteur, il tourna autour de lui, le flaira, plongea son regard dans le sien et dit :

 

- Je ne suis pas celui que tu as entendu cette nuit. Mon nom est Haïda. Et toi, qui es-tu ?

 

Pas très assuré, Tali Nohkati se présenta et conta son histoire. Au terme de son récit, le loup lui confia :


- Tu as eu de la chance ! Ta chair n’a-t-elle aucune saveur ou mes semblables ont-ils perdu l’appétit ? Pourtant, quand je te regarde, je t’assure qu’ils ne feraient qu’une bouchée de toi ! A commencer par moi !

 

Puis il ajouta :

- La chance est rare dans ces contrées. Je crains que tu ne puisses survivre seul très longtemps, à moins que …


- A moins que ? demanda Tali Nohkati inquiet.

 

- A moins que tu puisses nous être utile. Que sais-tu faire ?

 

Tali Nohkati s’empressa d’égrener tout son savoir : cueillir, pêcher, chasser, préparer le poisson et la viande. Ce dernier point intéressa vivement le loup qui lui proposa alors :

 

- Ma famille est nombreuse et la dernière portée, vorace. Si tu le veux, je te ferai admettre chez les miens.

Tali Nohkati accepta. Il s’enfonça dans la forêt avec Haïda et lui demanda :

 

- Si Coyote n’est pas ici, sais-tu alors où je pourrai le trouver ?

 

Mais il n’entendit pas la réponse. Déjà, une horde de louveteaux, bruyants et espiègles, s’élançaient vers eux.

 

Ils étaient cinq.  Pasko, Nissoac, Swac, Iwac et Nonoac, cinq frères et sœurs bondissants, heureux de pouvoir enfin quitter la tanière qui les avait abrités depuis leurs naissances.

La présence de Tali Nohkati au côté de leur père attisait leur curiosité. Mimant le comportement de leurs aînés, ils sautillaient, tournoyaient, mordillaient ses jambes.  Haïda les renvoya auprès de leur mère et en véritable chef de meute, il présenta le nouveau venu.

 

Les femelles s’approchèrent de l’étranger, le jaugèrent. Pour avoir partagé un temps la vie de Yupik et de Qanuk, Tali Nohkati savait qu’il ne fallait pas provoquer les animaux. Aussi, se montra-t-il soumis et docile.

 

Les louveteaux, voyant en sa personne un camarade de jeu, accordèrent d’emblée leur confiance et revinrent se frotter à lui.

 

La journée était claire, la douceur de l’air annonçait le printemps. Tali Nohkati, heureux de ne plus être seul repris confiance. C’est alors qu’Haïda lui dit :

 

- Notre tanière ne pourrait t’accueillir, il va te falloir un toit.

 

- Oh ! Après les rigueurs du Pays blanc et le ventre d’Atii, une grotte ou le creux d’un arbre m’ira bien, répondit Tali Nohkati.

 

- Les grottes sont aux grizzlis, les branches d’arbres aux oiseaux et les rivières aux poissons. Crois-moi, chacun chez soi, c’est mieux comme ça !

 

Tali Nohkati réfléchit un instant. Puisant dans ses souvenirs, il retrouva l’image d’une cahute où il faisait bon dormir. Voilà, se dit-il ce que je dois faire. Mais comment, comment mon père s’y prenait-il ?

 

Cette pensée l’absorba un moment, mais la faim commençait à le tarauder. Il partit donc pour la chasse, précédé sur les chemins par le loup qui connaissait les moindres recoins de l’immense forêt.

 

Le Pays du Nord regorgeait de gibiers et dès qu’il revint de la chasse, Tali Nohkati partagea ses prises pour le plus grand plaisir de la horde.

 

Haïda qui l’avait vu faire savait que son renfort ne serait pas de trop. Malgré le flair et la force, il n’était pas rare que les proies lui échappent mettant la survie de la meute en danger.

 

Même si la viande fraîche et le poisson étaient abondants, Tali Nohkati prit l’habitude d’en fumer une bonne part veillant ainsi à ne jamais manquer de nourriture.

 

Il cueillait aussi des baies, ramassait des champignons. Il s’aventurait sur les chemins. Pasko, Nissoac, Swac, Iwac et Nonoac en profitaient pour le suivre, trop contents d’échapper à la surveillance des femelles.

 

Un jour, alors qu’ils s’étaient éloignés de leur territoire, un orage les surprit. Ils trouvèrent refuge dans une cavité rocheuse. Les louveteaux, inquiets, se blottirent contre Tali Nohkati.

 

Les flammèches qu’il réussit à embraser leur apportèrent un peu de lumière et de chaleur. Mais l’orage redoubla de violence dans un vacarme assourdissant. Au grondement du tonnerre s’ajoutaient le hurlement du vent et le bouillonnement de la rivière en crue.

 

Très vite, l’obscurité menaçante encercla la troupe qui se retrouva prisonnière.

 

Au sortir de la nuit, tout était dévasté. Sous le regard terrifié des louveteaux, Tali Nohkati essaya tant bien que mal de retrouver des traces du sentier qui les avait menés là, mais les arbres arrachés et les coulées de boue brisaient tout espoir de retour.

 

C’est ainsi qu’il devint, sans le vouloir, le chef de la meute.

 

Dans les jours qui ont suivi, les frères et sœurs ne voulaient pas quitter leur abri mais Tali Nohkati les força à reprendre leurs courses à travers bois.

Beaucoup d’animaux avaient succombé aux assauts de l’orage. Cette nourriture, facile à dénicher, permit à la troupe de recouvrer ses forces et de surmonter l’épreuve. Pour autant, cette manne ne durerait pas. Il fallait, sans attendre, aiguiser l’instinct des apprentis prédateurs.

 

A ce jeu, les sœurs Swac et Iwac se montrèrent d’emblée redoutables. Aussi, quand elles ramenèrent leurs premières proies, Tali Nohkati les félicita et les encouragea avec force caresses. Avides de tendresse et de reconnaissance, les jeunes mâles en firent autant et peu à peu, le chagrin céda sa place à leur nouvelle vie.

 

Tous étaient attentifs aux recommandations de Tali Nohkati. La confiance régnait, soudait le groupe. Quand certains partaient chasser, les autres gardaient le refuge et les repas, équitablement partagés, étaient source de joies intenses.

 

L’été touchait à sa fin. Déjà l’automne embrasait la vaste forêt. Le rouge et le jaune des feuillages régnaient en maître.

Tali Nohkati s’empressait de ramasser les derniers fruits, de boucaner le gibier, de pêcher les derniers saumons, de tanner des peaux. Pressentant l’arrivée imminente de l’hiver, il organisa le repaire afin qu’aucun membre de la fratrie ne souffre à nouveau.

 

Puis un matin, la neige, attendue et redoutée, apparut au bout du ciel. Cette chape blanche ne manquât pas d’intriguer les loups qui la voyaient pour la première fois. D’abord réticents, ils s’élancèrent avec délice, entraînant Tali Nohkati avec eux. Ah ces glissades, ces roulades ! Que c’était drôle !

 

C’était l’hiver, saison de la disette, froide et silencieuse. Mais ils étaient ensemble, heureux de l’être et la vie était belle, très belle, surtout quand Tali Nohkati racontait sa traversée à ses amis qui n’en croyaient pas leurs oreilles.

 

La vie s’écoula ainsi jusqu’à l’arrivée du printemps.

 

Libéré des rigueurs glacées, le temps des courses à travers bois et de la chasse était revenu. Les jeunes loups grandissaient, s’émancipaient de plus en plus et Tali Nohkati savait qu’ils ne résisteraient plus très longtemps à l’appel de leur destinée.

 

Swac le retrouva près de la rivière et lui dit :

 

- Nissoac, Nonoac et Pasco vont partir à la conquête de nouveaux territoires. Ma sœur Iwac va rejoindre une meute et moi, je suis sur le point de m’unir avec le grand loup gris. Mais toi, que vas-tu faire ?

 

- Comme vous. Partir, prendre un autre chemin, répondit Tali Nohkati la gorge nouée.

 

- Comment pourrons-nous jamais te remercier ? ajouta Pasco qui les avait rejoints. Comment pourrons-nous jamais t’oublier ? Tu nous as sauvé la vie, tu nous as redonné l’espoir…

 

- … Et la force de nous battre, lancèrent d’une seule voix Nissoac et Nonoac.

 

Cette gratitude toucha Tali Nohkati. Alors puisqu’il en était ainsi il s’en retourna, les loups sur ses talons, dans la cavité rocheuse qui les avait abrités.

 

L’idée d’y rester sans eux, ne serait-ce qu’un instant, était insupportable. Il prépara ses affaires sans attendre.

 

Avant de les quitter, il les caressa chaleureusement et les embrassa une dernière fois. C’est alors, qu’au moment de se séparer, Iwac lécha son visage et lui confia :

 

- Ce matin, j’ai vu celui que tu as appelé la première nuit.

- Coyote ?! s’exclama Tali Nohkati.

- Il t’attend sur l’autre rive.

 

Le soleil au zénith dardait ses rayons, la forêt exhalait ses parfums et le destin les emporta, chacun sur son chemin.

 


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