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Les ultimes racines des déracinés - Nouvelle

Quinze heures aux cadrans de l’horloge. Vu la pénombre qui s’est abattue sur les alentours telle une ombre tenace, on n’aurait pas dit qu’il n’était que quinze heures.

Soudain, les ténèbres. Ondulations de brumes noires, à mi-chemin entre les nuances charbonneuses et l’opacité des granits.



L’obscurité dévore la pièce et répand, en un souffle fétide, un voile opaque

dont les contours rugueux prennent les allures d’un cercle monotone transpercé de gravats.

Par delà les rivières et les étangs noirâtres, l’ordre inversé du monde lâche, à vau-l’eau, des ombres fantomatiques tels des hussards en perdition. Le vide, maître des lieux, tourbillonne, vainqueur, en une spirale aux râles sournois et incessants.

Enfoncé dans un vieux fauteuil en velours couleur bordeaux, Mounir semblait perdu dans ses pensées, figé telle une statue dans un musée déserté. Pourtant, malgré son immobilisme apparent, Mounir était concentré, les yeux rivés sur l’extérieur. De l’autre côté de la fenêtre, un acacia occupait tout le champ de vision. Gigantesque, l’on ne voyait que lui. Et ses fleurs blanches quelque peu fanées offraient un contraste saisissant avec l’obscurité précoce de ce lundi de novembre.

Secouées par le mistral violent, ses branches se mouvaient frénétiquement mais résistaient.

Mounir songea qu’elles résisteraient encore et encore. Et que même après lui, l’acacia demeurerait. Ces arbres étaient connus pour leur longévité.

Tout en poursuivant son tête à tête avec l’arbre, Mounir se souvint de cette phrase lue quelque part, dans un de ces innombrables romans, ses compagnons des vieux jours : Les enfants sont les ultimes racines des déracinés.