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Où vas-tu fêter la nouvelle année ? Par Zeina Fayad - Liban



« Quand tu regarderas le ciel, la nuit, puisque j’habiterai dans l’une d’elles, puisque je rirai dans l’une d’elles, alors ce sera pour toi comme si riaient toutes les étoiles » dit Saint Exupéry dans son conte philosophique Le Petit Prince. La vie anime les migrations des hommes, des femmes et des enfants à travers le monde. Dans les corridors aériens, des milliers de voyageurs circulent. Ils planent au-dessus des déserts et des océans pour atterrir enfin dans de nouvelles villes et de nouveaux territoires. C’est peut-être particulièrement le sort de tous les habitants des terres sacrées de nos régions. Depuis des millénaires, dans la Phénicie antique, nous étions des migrants porteurs de sens et de résilience. Guidés par des voix à peine audibles, nous partons et nous revenons.

       “Où vas-tu fêter la nouvelle année ? » ma grand-mère me pose la question au téléphone depuis Beyrouth comme si la réponse n’était pas évidente. À Montréal, là où j’ai émigré, la terre est recouverte d’un épais manteau de neige. Jaillissant sur mon écran, ma grand-mère affaiblie sort à peine d’un séjour à l’hôpital. Je ne l’ai pas revue depuis mon départ en mai dernier. « À Beyrouth mamie bien sûr, le seul endroit au monde où chaque jour est une fête! » Les larmes me montent aux yeux à plusieurs moments de la journée, mais j’ai fait mon choix. Des bombes sont tombées dans la nuit sur la frontière sud de mon Liban. Dans ce petit pays de 10.452 km2 où je suis attendue, à une immense distance de ma ville d’adoption, 2 millions de réfugiés venus à pied de Syrie sont déjà entrés sans bagages ni visa, par la frontière nord il y a quelques années à peine. Il y a comme une communication chorale entre les peuples du Moyen-Orient. Ils se murmurent des sons étranges pendant quelques heures, puis ont des moments de gloires silencieuses où rien ne peut plus les atteindre.

       J’étais parmi les manifestants de la thawra avant que le port n’explose. J’étais aux premiers rangs et dans toutes les marches pour la paix. J’ai eu mon printemps moi aussi. Mais quand je suis partie, la terre a tremblé à l’ouest et les ondes du séisme de Turquie se sont dispersées dans la nuit de Beyrouth déjà exsangue. Les pressions de l’est et du royaume des Perses ont aussi repris de plus belle pour garder ce pays hors du circuit occidental européen et américain et en faire un bastion rien qu’à elle. « Quand est-ce qu’on s’arrête pour lever notre verre et trinquer à nos succès ? » me demande l’une de mes meilleures amies, qui travail