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L'Oxymore et le parfait imbécile

(Ou les figures de style à destination des jeunes, moins jeunes et toujours jeunes auteurs -

I. Oxymore)


Si le style ne s'enseigne pas, il s'acquiert et les figures de style sont à l'écriture ce que les mimiques sont au visage : drôles et pleines de sens.

Un texte sans figures de style serait comme un visage de cire, ou plein de Botox, privé de vie, ennuyeux comme la pluie et long comme un jour sans pain.

Des figures de style, il y en a de toutes les sortes et de tous les noms. Tant et si bien que j'ai décidé de vous en servir une chaque semaine. Ne craignez pas l'indigestion. Bien préparés, les mets les plus exotiques se digèrent facilement. Ne craignez pas l'ennui non plus. Vous allez voir, c'est très amusant.


Commençons par l'oxymore. Instinctivement, vous savez ce que c'est et puis si vous avez le moindre doute, une fois que vous aurez lu ceci, vous ne l'oublierez plus.


Mais oui : "l'obscure clarté" du Cid de Corneille, la "petite grande âme" de Gavroche tombant face contre le pavé dans les Misérables de Victor Hugo, le "Soleil Noir" de la Mélancolie de Nerval, la "haine cordiale" de Romain Gary, la "surprise attendue"de Raymond Queneau... Voilà, l'oxymore, c'est, dans un même syntagme, réunir deux termes de sens, en apparence, contraire pour créer un effet de surprise chez le lecteur.


Le terme Oxymore, aussi parfois appelé oxymoron apparaît au XVIIe siècle. Il nous vient du grec oxumôron, forme neutre substantivée de l’adjectif oxumôros, composé de ὀξύς, « aigu, fin, effilé », et de son contraire, μωρός,« épais, sot, émoussé » qui a donné l'insulte anglaise bien connue "moron" (con, stupide).

On pourrait donc, avec un peu de dérision et je ne m'en priverai pas, traduire "oxymore" par "parfait imbécile", puisque la première moitié du mot évoque la finesse et l'acuité, tandis que la seconde traduit l'imbécile mal dégrossi.

Pas plus compliqué que le fil à couper le beurre, l'oxymore nous donne l'exemple de ce qu'il est: un oxymore.


L'oxymore le plus poétique qu'il m'ait été donné de rencontrer, c'est celui relevé par le britannique Sir Michael Edwards, qui devint en 2013, et c'est mérité, le premier Anglais membre de l'Académie Française. Il expliquait que chaque fois que nous parlons de l'Univers en expansion, nous faisons un oxymore. Car "Universus" signifie "intégral" et les deux mots dont il est composé (unus, un et vertere, se tourner) impliquent qu'il se tourne vers lui-même, vers une unité, que tout se rassemble en un seul étant. Et que l'expansion signifiant exactement l'inverse, parler d'un univers en expansion est donc un oxymore.


Je fais, pour ma part, dans mes écrits un grand usage de l'oxymore. Il interpelle le lecteur, le fait s'arrêter, s'interroger, creuser le personnage. Repensez à Gavroche, le si petit, le si frêle, le petit oiseau avec un cœur gros comme ça. Évoquer sa "petite grande âme" n'est-ce pas la meilleure façon d'en brosser le portrait ? Et tout le génie de Victor Hugo n'est-il pas de le résumer en trois mots ?

Alors utilisez les figures de style. Pensez au parfait imbécile. Et dites : oxymore, j'adore.


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