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La Pâque juive ou la Mémoire libérée

Nous commémorons aujourd’hui, durant la période de la Pâque juive, la révolte du ghetto de Varsovie. Celle qui, parmi d’autres, m’a donné l’envie de partager une histoire. L’occasion, aussi, de poser un regard sur l’alliance paradoxale qui, parfois, s’établit entre la mémoire et la liberté.


L’histoire que je souhaite partager est celle d’une parole, comme dans la Genèse, qui parle d’un commencement. Un « commencement » qui parfois se traduit autrement, par « dans le principe » ; une notion du temps cyclique, caractéristique du mythe, s’introduit alors en lieu et place du temps historique. Le mythe crée une réalité partagée, tout comme les légendes familiales soudent la chaîne des générations. Quel intérêt y aurait-il à les déconstruire ? Et pour bâtir quoi à leur place ? Une nouvelle narration, un nouveau mythe ?

Voici des questions que je me pose face à l’histoire familiale. Mes grands-pères, par exemple, ont perdu presque toute leur famille durant la Shoah. Du côté paternel, Icek Burgman, caché pendant la guerre, n’en a jamais parlé ensuite. Les hauts-faits de résistance de mon grand-père maternel, Roger-David Katz, ont contribué à construire mon identité. Mais quelle avait été précisément son action ? J’ai consacré des années à lire des archives, consulter des ouvrages et écouter des témoignages. Ensuite, j’ai décidé de laisser parler mes intuitions et mon imagination, pour établir une narration – et donc fatalement une interprétation – que je soumettrais aux prochaines générations. Je l’ai intitulée La Malédiction des Mots, roman, afin d’offrir à ceux qui me suivront un espace de liberté : celle de réinterpréter à leur guise ce récit fondateur d’une nouvelle ère ; celle de célébrer la renaissance d’une famille juive après la catastrophe. La Pâque juive allait baliser mon chemin.


Le rituel de Pesah relate l’exode des Hébreux d’Égypte, environ treize siècles avant notre ère, en route pour la Terre promise. Le sens symbolique de la fête, l’exil, s’ancre dans le destin du peuple juif. Pesah célèbre la libération, la victoire sur l’oppression, l’esclavage, la fondation d’un peuple sur des valeurs partagées. Les événements relatés sont une reconstruction des faits, les historiens disent par exemple qu’il y eut plusieurs émigrations successives. Mais le mythe ne transcende-t-il pas la réalité ? C