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MEURTRE AU SCALPEL - Jean-Pierre Levain

L'auteur nous offre le premier chapitre de son dernier roman. À dévorer en ce début de week-end.


TEL EST PRIS QUI CROYAIT PRENDRE


La femme assise à l’extrémité du bar était à tomber. Elle semblait tout droit sortie d’un comics book des années soixante. Le mec qui la matait hésitait entre Batgirl ou Catwoman. D’où pouvait bien sortir une nana pareille ? On aurait dit une émanation archétypale qui cochait toutes les cases du désir masculin, ou, plus prosaïquement, une fille capable de libérer les fantasmes de n’importe quel mâle occidental normalement constitué.

À y regarder de plus près, elle n’était pas aussi jeune qu’il y paraissait. Trente-cinq piges, peut-être un peu plus, l’âge où la beauté féminine est à son apogée. Avant que l’emploi de qualificatifs tels que charme ou élégance prennent le pas, tentant d’édulcorer, dans un combat perdu d’avance, les ravages progressifs du temps.

Assise jambe croisée sur le haut tabouret, elle affichait l’image d’une femme fatale, grande, blonde et voluptueuse. Si le tabac n’avait pas été prohibé dans les lieux publics, aucun doute qu’elle grillerait une clope de luxe emmanchée à l’extrémité d’un porte-cigarettes en ivoire. Malheureusement le monde n’était plus ce qu’il était. Il semblait aujourd’hui dominé par une bande de crétins hygiénistes qui s’affairaient à le rendre jour après jour plus insipide.

C’était une motarde habillée d’une seconde peau total black qui épousait au plus près ses courbes attrayantes. À l’égal d’une nonne, seules ses mains et son visage étaient dénudés. La comparaison s’arrêtait cependant là. Contrairement à cette dernière sa tenue exhalait une sensualité qui échauffait les sens aussi sûrement que l’auraient fait les rayons d’un soleil de plein été sur une peau dénudée.

Elle était vêtu