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NOS MOTS, TOUS NOS MOTS...

Nos mots, tous nos mots, sont la substance même de nos âmes. Du premier cri au dernier souffle, ce qu’on a dit, ce qu’on a tu, est le reflet de notre vie. Les actes ne sont au fond que les ouvriers de l’esprit.


Il y a les mots qui tuent et ceux qui nous font vivre. Il est étrange de savoir à quel point ces petits bruits de rien, prolongements écrits de nos pensées ou bulles formulées par nos bouches sucrées ou acides, ont un pouvoir miraculeux, calmant, dévastateur. Car si ces misérables articulations musicales de voyelles, consonnes et syllabes ne sont rien qu’un assemblage arbitraire de sons dans un cosmos indéchiffrable, aussi indifférent que certains le prétendent, comment ont-elles un tel pouvoir sur nos cerveaux et sur nos cœurs qui avancent, reculent ou piétinent en fonction de ce qui nous est dit? Et d’ailleurs qui vous prouve que ces balbutiements, nos rondes, nos chansons, ne contribuent pas à bercer ou déchaîner le Monde?


Et l’on voit bien que l’émetteur avec ses mots tout faits génère des réponses toutes faites. Alors que celui qui les assemble avec son sang, ses nerfs ou qui va les chercher au fond de vieux lacs oubliés invente l’horizon.

Du premier Homme au dernier, les actes furent et sont liés à la parole qui précède.

Les Mots sont donc vivants, sèment la joie ou la gangrène, le mouvement ou la paralysie, l’élan ou le blocage, l’énergie ou le poison, le plus subtil parfum ou le curare amer qui grimpe dans nos veines.

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Pourquoi en avoir fait cette mélasse infâme, ne signifiant plus rien, encrassant les esprits, pompant de ci de là des chrysalides vides, des vers qui n’ont rien de luisant? Et là c’est tout l’humain qui bascule dans un néant informe comme privé de colonne vertébrale, l’abc des idées. Il a beau gueuler, hurler, même ses sacs d’insanités n’ont plus le goût de cette injure improvisée qui touchait, faisait rire, lançait l’assaut des libertés.

Celui qui sait parler aux plantes, aux arbres, aux insectes, aux animaux et dont la main câline caresse l’ouragan, revigore, adoucit ou calme les ardeurs. Ce sont les mots avec le cœur qui est la comptine des aimants. Ce sont les mots avec le ventre qui est le tambour des grands danseurs. Ce sont les mots avec la tête qui est la flûte des voyants.

Qu’on soit facteur ou épicier, gendarme ou boutiquier, fraiseur ou ingénieur, artisan, paysan, professeur et j’en passe, il y en a des milliers, l’essentiel est de faire ce pour quoi on est fait.

La Terre elle-même s’incline et ralentit sa folle course chaque fois qu’elle entend un juste dire ce qu’il doit dire, sans arrière-pensée, avec des mots qui sont les siens, son alphabet, sans aucun préjugé, droit comme un « i », beau comme un « o », tendre et naïf comme un « A » majuscule, un mousquetaire plein d’allant, riche comme un îlot écumant de labiales. Le tout donné, offert, à tous ceux qui ont peur d’avoir perdu leurs mots.

Sur ce, j’ai bien envie de tous vous embrasser.

Alain Cadéo.


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