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Ruben Alterio : adios Maestro !

Le très bel hommage de l'auteur Pierre Berville à son ami, l'artiste Ruben Alterio, à découvrir dans le blog de ce lundi.

Je ne sais pas depuis quand je connais Ruben. Il a toujours été là.

Par exemple, il y a une trentaine d’année, je venais d’acquérir mon Moulin dans le Sud.


Bien sûr j’emmène Ruben. C’est spartiate hein, je lui dis. Les travaux de rénovation n’ont pas commencé. Un peu de literie de récupération, une vieille table sans charme, deux ou trois chaises. Il y a une brocante au bled voisin. Pendant que je cherche un peu de vaisselle à bas prix pour piqueniquer sur le pouce, Ruben avise une paire de chandeliers en cuivre. Pierre, voilà ce qu’il nous faut ! Une fois de retour, pendant que les penne à l’arabiata prennent goût dans leur sauce, il étend un vieux drap raccommodé mais impeccable en guise de nappe, pose deux couverts et allume les chandeliers. A la lumière dorée des bougies, nous n’étions plus au Moulin, nous étions à l’opéra. Scénographie : Ruben Alterio.


La différence entre un mondain et un dandy, c’est que le mondain cherche la lumière des autres. Le dandy dispense la sienne à autrui.


Ruben était l’élégance incarnée. Il était peintre, musicien et lumineux. Son esprit était le plus brillant que j’ai jamais connu. Avec lui tout devenait lyrique et subtilement coloré ; ses mots, sa clarinette, ses pinceaux.


Ruben était mon meilleur ami parce que je ne me suis jamais ennuyé avec lui. Il aimait les classiques : Velasquez et Fra Angelico, Puccini et Coltrane. Il aimait les femmes qui le lui rendaient bien et les alcools chics qui parfois le lui rendaient mal. Il aimait ses amis qu’il encourageait toujours avec enthousiasme. Par-dessus tout, il adorait Priscilla et leurs enfants. Tessa. Rafa. Il les admirait et les chérissait. Sans la moindre retenue.


Puis un jour Priscilla est partie dans ses bras. Ruben est tombé malade, de son absence sans doute. Lors d’une conversation, il m’a parlé de sa chambre d’hôpital. Pierre, ici, vraiment, ce n’est pas esthétique. Heureusement, il a fini par rentrer chez lui, entre ses toiles et ses enfants, dans son bel atelier, là où se firent tant de fêtes à 3, à 4, à 8, à 30, à deux. Puis, apaisé comme un dessin fragile assorti à son cadre, il a, comme on dit, soufflé sa bougie.


Maestro, tes toiles sublimes nous restent, mais ta lumière va nous manquer. Forcément.


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