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“UKRAINE”

L’écriture est élastique. Elle permet de faire jongler les mots, les phrases, la ponctuation dans un but déterminé. Un puissant ressort qui vous envoie le verbe, l’adjectif, l’interjection en pleine figure, réveille vos sens, votre intelligence ; décapsule les zones bouchées du cerveau, le dégrippe, le stimule pour l’humour, la prise de conscience, le sentiment poétique.

Oui, élastique... ce qui veut dire aussi qu’elle peut se réduire, s’il le faut, à sa plus simple expression : un seul mot comme :

« Ukraine »



Aujourd’hui ce mot suffit, amplement. Tout y est dit : la tristesse, la compassion, le sentiment d’injustice, l’incroyable facilité de l’homme à faire le mal.

Le mot « Ukraine » proviendrait du slave « le bout de quelque chose, la frontière », et c’est bien de cela qu’il s’agit : le dictateur a franchi la frontière, l’a fait sauter. Pas seulement la limite de territoire, mais la frontière de la liberté : fini ! Alors pendant qu’on y est, pourquoi ne pas aller plus loin, par exemple changer le mot ? Vas-y mon gars ! Détruit le mot.. le nom d’ « Ukraine ». Et non, cela, tu ne pourras pas, il est trop lourd à déplacer ce mot.

Vous me direz : « un mot, c’est court ! D’accord il peut être évocateur, mais quand même... ». De nombreux écrivains ont posé des tartines de mots, à bon escient, comme autant de munitions pour expliquer et dénoncer l’injustice. Quand je pense aujourd’hui à l’Ukraine, passée la colère initiale, c’est « résistance » qui me vient à l’esprit. Et avec « résistance » , arrive Joseph Kessel et « L’armée des ombres ».


Le versant sans soleil de la littérature engagée au service de la grande Liberté.

« L’armée des ombres » a été écrit en 1943, alors que l’ogre occupant et ses sbires français sévissaient contre la liberté. Un écrit comme une obligation, une incroyable munition contre l’oubli, pour la reconnaissance des résistants anonymes et néanmoins héros. Les mots de Kessel font mouche, imprègnent les cerveaux de l’époque, et volent au-delà du temps ( livre référence, lu aujourd’hui ), efficaces, édifiants, reconnaissants.


Au lendemain de l’invasion sanguinaire russe, Kessel, plus actuel que jamais : « le chant des Partisans », « L’armée des ombres » de la liberté, de la lutte contre l’occupant, à frontière du bien et mal : UKRAINE.


« Le chant des Partisans »

Co-écrit par Joseph Kessel en mai 1943.


Ami, entends-tu le vol noir des corbeaux sur nos plaines

Ami, entends-tu les cris sourds du pays qu'on enchaîne

Ohé, partisans, ouvriers et paysans c'est l'alarme

Ce soir l'ennemi connaîtra le prix du sang et des larmes.

Montez de la mine, descendez des collines, camarades,

Sortez de la paille les fusils, la mitraille, les grenades,

Ohé, les tueurs, à vos armes et vos couteaux, tirez vite,

Ohé, saboteurs, attention à ton fardeau, dynamite.

C'est nous qui brisons les barreaux des prisons pour nos frères

La haine à nos trousses et la faim qui nous pousse, la misère

II y a des pays où les gens au creux des lits font des rêves

Ici, nous, vois-tu, nous on marche, nous on tue ou on crève.

Ici, chacun sait ce qu'il veut, ce qu'il fait quand il passe

Ami, si tu tombes, un ami sort de l'ombre à ta place

Demain du sang noir séchera au grand soleil sur nos routes

Chantez, compagnons, dans la nuit la liberté nous écoute.

Ami, entends-tu les cris sourds du pays qu'on enchaîne

Ami, entends-tu le vol noir du corbeau sur la plaine

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