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PARCE QUE L'ON NE VIENT PAS DE SI LOIN - NOUVELLE

Une nouvelle glaçante, signée de la française Céline Servat, qui maitrise si bien le thriller français.


Minuit.

Je me réveille dans le chaos. Le nid douillet que j’ai intégré il y a quelques mois a disparu, et avec lui tout mon confort : la nourriture à profusion, la douce chaleur qui me berce chaque début d’après-midi lors de ma sieste réparatrice…

Pour quelle raison m’a-t-on renvoyé ? Qui a foulé du pied mon bonheur et ma tranquillité pour me jeter à l’intérieur de cet infâme boyau puant, dans lequel je rampe depuis des heures ? L’angoisse monte au fur et à mesure que j’avance, désorienté et les poumons en feu.

J’avance, mais je ne ressens que du vide et une lassitude extrême.


Je ne sais pas où je suis, je n’aime pas le noir qui m’avale et me terrifie. J’ai froid, j’ai peur, j’ai faim et rien de ce qui m’entoure n’est fait pour me rassurer.

Rapidement, des larmes incontrôlables coulent sur mes joues. Je veux rester là et attendre que l’on vienne me chercher ! Mais c’est impossible et très dangereux, je le sens. Je n’ai pas le choix, il ne me reste qu’une chose à faire : continuer jusqu’à trouver l’issue. Ne jamais m’arrêter, sous peine de menace ... Et peut-être même de mort !

Assez pleurniché ! Je me mets en mouvement, malgré mes doutes. Tout mon corps est douloureux. Je n’arrive pas à respirer correctement, et régulièrement je crache une substance épaisse et visqueuse, qui remplit étrangement mes poumons ! Je dois vite fuir ce lieu !


Minuit deux. Un grondement sourd résonne sur ma droite. Ou est-ce sur ma gauche ? La terreur me gagne et monte tel un raz de marée me submergeant des pieds à la tête. J’entends alors des cris déchirants, des hurlements provenant de l’autre bout du tunnel. Que se passe-t-il ? Pourquoi ces cris de douleurs s’élèvent partout autour de moi ? Je me sens de plus en plus oppressé par cet univers obscur, sans contours visibles, et je ne supporte plus les plaintes sinistres qui en émanent et me paralysent. Si j’avance, que vais-je découvrir au bout de ce tunnel ? Que faire, me cacher ? Je n’ai aucun lieu où me réfugier. Fuir alors ? L’affolement me donne de l’énergie : Je déguerpis à toute vitesse, rampant, glissant, afin de quitter à tout prix cet endroit peu rassurant.

Je tiens le rythme un temps puis, épuisé, je ralentis la cadence. Mon cœur bat si fort que j’ai peur qu’il sorte de ma poitrine. Et si cela arrive, s’il me déchire la peau ? Peut-on mourir de peur ? Je suis paniqué et je ne sais plus quoi faire pour m’en sortir.


A cet instant, une douleur massive me plie en deux. On me frappe ! Des coups pleuvent de toute part ! Contre mon ventre, mes bras, mes articulations. Pourquoi s’en prend-t-on à moi ? Je n’ai rien fait de mal, c’est injuste ! Je pare les chocs, tentant de protéger mon visage à l’aide de mes avant-bras, et je n’arrive pas à discerner mes agresseurs. J’ai peur, j’ai mal, je suis fatigué ! On dirait que cela ne s’arrêtera jamais et le désespoir m’envahit ; je ne tiendrai plus longtemps.

Gagné par un puissant instinct de survie, je tente le tout pour le tout : je me redresse d’un bond et fonce la tête la première dans le tas. Je dois y arriver !


Au départ, je sens de la résistance face à moi, mais soudain, l’espace se libère et je peux m’échapper. Je fonce, glisse, tombe et descend dans un goulot plus étroit encore, où mes agresseurs invisibles ont apparemment renoncé à me suivre. La viscosité des parois autour de moi accélère ma chute, rien ne peut m’arrêter maintenant ! Je suis euphorique lorsque je perçois enfin une lumière, au loin. Enfin, une lueur ! Le bout du tunnel ! Un dernier effort et j’arrive à destination. Mais ma joie se teinte en inquiétude : qui a-t-il là-bas ? N’est-ce pas un piège ? J’aimerais ralentir mais je ne le peux pas, inexorablement propulsé vers l’extérieur.


J’y suis. Mes yeux ne sont pas habitués, je suis ébloui par des spots braqués sur moi. Le soulagement est de courte durée alors que des mains me saisissent, me touchent, me tournent dans tous les sens... La colère me submerge : mais cela ne cessera donc jamais ? Frustré, je lance des cris perçants, pour extérioriser ma fureur et ma peur... Je m’égosille encore quand j’entends une douce voix qui déclare :


— Le premier janvier, minuit huit, trois kilos quatre cent cinquante. Un beau bébé ! Et dire que notre premier né de l’année part à l’adoption ! Si ce n’est pas malheureux...


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