Le regard de l'étranger. Paul Gauguin et la Polynésie
Comme tout grand artiste, Paul Gauguin a transformé un paysage en "haut lieu", où quelque chose d'irremplaçable se manifeste. La Polynésie chez Gauguin, comme la montagne Sainte Victoire chez Cézanne, est un endroit métamorphosé par les couleurs ou les mots en une architecture d'éternité. Contrairement aux analyses postcoloniales récentes qui réduisent le peintre à des poncifs sociologiques, ce livre entend comprendre la relation du lieu et de l'œuvre, persuadé comme le disait Gauguin, que le sens d'une existence ce sont les œuvres. Tout en partageant profondément la culture polynésienne, Gauguin demeure, selon les analyses de Georg Simmel, un "étranger", définition même de l'artiste et des enjeux de l'art qui rend étonnement étrangère toute manifestation sensible et nous rapproche ce qui se donne dans l'éloignement.
«Toujours la même chose et cependant jamais la même chose» écrit Gauguin à la fin de sa vie dans Avant et après. Cette affirmation résume l’essence du regard de «l’étranger». Gauguin, d’une certaine façon, n’aura, dans ses deux séjours, essayé de peindre que l’énigme de la Polynésie, qui réside dans son fond obscur associé à l’éclat merveilleux de ses manifestations sensibles.
Ricardo Pineri démontrera comment l’œuvre de Gauguin se place entièrement sous le signe de l’appel du dehors, de la quête endurante du sens de l’existence de la part de l’exote et de la mise en lumière du caractère d’étrangeté de l’œuvre d’art. Le regard de l’étranger n’est pas celui, distrait, qui s’arrête au premier aspect des choses, s’en tenant à l’impression sans besoin de la vérifier concrètement, qui confond la légèreté et l’improvisation, prompt à la bêtise qui, comme disait Flaubert, tend à vouloir conclure. Le regard de l’étranger associe la persévérance de la recherche du sens de l’autre et la vivacité de la saisie rapide du sens du monde.
L’AUTEUR
Riccardo Pineri. Professeur émérite des Universités. Il a enseigné la littérature et la philosophie italienne à l’université de Toulouse-le Mirail, à l’université Paul-Valéry Montpellier III, ainsi que la littérature comparée et l’esthétique à l’université de la Polynésie française. Il a publié sa thèse d’Etat Leopardi et le retrait de la voix chez l’éditeur Vrin en 1897 ; L’île matière de la Polynésie chez Balland et de nombreux ouvrages sur les rapports des écrivains occidentaux et de la Polynésie.
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31,00 $USPrix
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